Le Monde berbère, une culture de résistance

Publié le par Association des élus progressistes de Bretagne

Université de Bretagne Occidentale (faculté Victor Segalen) et Association pour le rayonnement de l'Abbaye de Daoulas

En lien avec l'exposition « Berbères »


Colloque UBO, Le Monde berbère, une culture de résistance, 12/11/08


Objet du colloque : jeter un pont entre peuples berbères et peuple breton


Intervention d'Anne-Marie Kervern

Adjointe au Maire de Brest, chargée de l'Insertion par le dialogue des cultures



Je constate que toutes les interventions que nous avons eu le plaisir d'entendre comportent un questionnement concernant les identités berbère et bretonne, en établissant des relations entre elles.

Après ces exposés éclairés sur le plan historique, sociologique ou ethnologique, permettez- moi une approche d'ordre politique.


Et puisque Ronan Calvez a cité Renaud, j'ai envie de citer un autre chanteur, Idir, l'un des Berbères les plus populaires et le plus aimés en Bretagne :

«  J'ai toujours été confronté à un dilemme de taille : Comment être algérien à part entière et vivre mon identité entièrement à part ?...Comment assumer mon identité, ma nationalité dans la région parisienne où je réside et m'intégrer spontanément dans la vie française. De toutes ces questions découle une conviction, celle d'être minoritaire, ici et là- bas...et, en tant que tel, je me sens appartenir à deux pays. L'un m'a enfanté et donné mon origine, une histoire, une identité. L'autre m'a adopté et m'a offert un parcours dans lequel je m'exprime totalement ».

Ces questions simples et sincères, nombreux sont les Bretons à les partager.

Je suis persuadée que si nous avons quelque chose en commun avec les Berbères, c'est un « bricolage » identitaire fait de référents collectifs multiples, une identité complexe en quête de reconnaissance, identité à la fois mythique (une improbable celtitude pour les uns, une berbérité transnationale pour les autres) et aliénée (coexistence dans un même espace social d'une langue dominante et d'une langue dominée).

Berbères et Bretons, nous avons en commun des enjeux d'avenir : nous avons à négocier la conquête de notre singularité avec un universalisme qui ne soit pas un idéal vide de contenu, nous avons à transcender notre passé et nos appartenances initiales dans une identité de projet.

Je voudrais aussi me référer à Albert Memmi. En affirmant, sous une forme paradoxale, que « l'identité n'est pas identique », Memmi nous invite à la fois à résister à l'homogénéisation forcée et à refuser la logique des blocs inentamables. Il nous montre une nouvelle voie : celle des constructions identitaires dynamiques qui ne peuvent se développer hors du respect des cultures particulières.

Je suis persuadée que pour y parvenir, il nous faut conserver cet irrédentisme que nous avons en commun. En effet, la résistance moderne de nos peuples berbère et breton s'exprime dans une exigence de reconnaissance, dans un désir de plus grande autonomie, dans un renforcement de la demande d'égalité et de démocratie, dans un refus des modèles prescrits et de l'acculturation unilatérale.

Cette résistance est chargée de promesse, à la seule condition que les uns et les autres, nous ne fassions pas de notre différence, un point d'arrivée.


Anne-Marie Kervern

Adjointe au Maire de Brest

Chargée de l'Insertion par le dialogue des cultures



NB : Lire par ailleurs dans la revue Hopala de nov. 2008 l’ interview de A. M. Kervern «  Vivre ensemble, égaux et différents ».

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