Breizhobib : Ar brezhoneg e levraouegoù Brest / La valorisation du breton dans les bibliothèques municipales de Brest

Publié le par Association des élus progressistes de Bretagne

Le réseau des bibliothèques de Brest est lauréat des Prizioù décernés par FR3, dans la catégorie « Institutions publiques ».

Ce prix qui reconnait le travail accompli, encourage les acteurs, élus et fonctionnaires territoriaux, à poursuivre la démarche et renforce la légitimité des agents bretonnants à utiliser le breton dans la vie professionnelle.

Ce succès, car c’en est un, repose sur les trois ingrédients de la réussite :

  • ·         Une volonté politique affirmée de développer la langue bretonne dans le service public
  • ·         Un personnel compétent, formé et enthousiaste
  • ·         Une demande sociale et la rencontre de l’offre avec un public fidèle

 

Encourager la collecte, l’étude, l’archivage et la valorisation de ces éléments patrimoniaux, oraux, écrits ou musicaux liés à la langue bretonne 

 

  • ·         355 ouvrages en breton édités avant 1914, dont 24 avant 1811
  • ·         Politique d’achats d’ouvrages remarquables : Gregoire de Rostrenen, Le Gonidec, dictionnaire de Coëtanlem, manuscrits de Roparz Hemon…
  • ·         4100 documents divers en breton sur l’ensemble du réseau et des acquisitions systématiques de toutes les parutions en breton
  • ·         Des collections pour adultes : romans, documentaires, sciences, films, journaux et revues 124 titres dont 7 vivants)
  • ·         Des collections pour les enfants : albums, BD, contes, poésie, théâtre, romans, documentaires, films, revues, environ 600 documents répartis sur 3 médiathèques de quartiers

 

Faire vivre le fonds breton, donner envie de lire et d’écrire en breton 

 

  • ·         Animations pour les enfants : « Penndoullig, des histoires racontées par les bibliothécaires, « Fulupik » temps festifs avec un artiste bretonnant invité, participation au festival du conte « petite marée »
  • ·         Animations pour adultes : en partenariat avec Sked, le club de lecture « Lipouserien geriou », une rencontre-débat par trimestre animée par Fañch Broudig en partenariat avec Brud Nevez.
  • ·         Animations en breton pour des évènements comme la journée du patrimoine (visite commentée de la bibliothèque d’étude), soirée poésie pour les familles à l’occasion du Printemps des poètes, soirée conte en breton dans le cadre du festival « Grande marée »
  • ·         Pour les personnes âgées : histoires drôles, histoires d’autrefois racontées par les bibliothécaires, ateliers d’écriture en breton
  • ·         Des échanges intergénérationnels : rencontres enfants et bretonnants de naissance, participation à « Quêteurs de mémoire », blog « Dekoakikozh » pour garder une trace et continuer à échanger

 

Assurer la continuité éducative entre la crèche, l’école, la famille et la vie extrascolaire

 

Brest vient d’introduire le bilinguisme précoce dans ses crèches municipales, en liaison avec Div Skouarn et développe son réseau d’écoles bretonnantes et immersives. La priorité donnée par la Ville de Brest à l’éducation a amené la municipalité à répondre un une nécessité : garantir une continuité éducative entre le milieu scolaire bilingue ou immersif et l’offre culturelle adaptée afin que l’enfant vive sans rupture le passage du milieu scolaire à la vie sociale.

La bibliothèque municipale, comme lieu éducatif péri et extra-scolaire assure cette continuité éducative.

 

Promouvoir la modernité d’une langue d’usage 

 

 

Légitimer les agents bretonnants de la Ville de Brest dans l’usage quotidien de la langue

 

La Ville de Brest s’est engagée, dans le cadre de la Charte « Ya d’ar Brezhoneg » à former chaque année à la langue bretonne, le personnel municipal volontaire.

Cette formation doit évidemment avoir un caractère professionnel et les agents sont encouragés à réinvestir leur apprentissage dans leur vie professionnelle.

L’un des enjeux les plus importants pour ce personnel est l’introduction du breton comme compétence professionnelle dans leur fiche de poste, ce qui est le cas de 4 agents dans le réseau des bibliothèques.

 

Un savoir-faire transférable

 

Le réseau des bibliothèques de Brest a acquis un véritable savoir-faire dans ce domaine. Ce savoir-faire a pu se développer parce que l’action n’est pas considérée comme « une expérience » sympathique, mais comme une ambition pour la Ville. La direction des bibliothèques est prête à transférer ce savoir-faire et à apporter aide et conseils aux bibliothèques de Bretagne qui le souhaiteraient.

 

Une action transversale et un enjeu de développement durable

 

Cette action se situe à l’intersection de plusieurs logiques : politique du livre et de la lecture publique, développement de l’éducation bilingue ou immersive, politique de cohésion sociale (actions intergénérationnelles), agenda 21 de la culture, développement d’une nouvelle image pour Brest qui se veut capitale occidentale de la Bretagne.

La richesse de cette action est directement corrélée à cette transversalité et sa pérennité ne peut reposer que sur son appropriation par l’ensemble des élus et services, bien au-delà de la politique culturelle de la collectivité.

Les langues régionales appartiennent certes « au patrimoine de la France », mais elles sont aussi une réalité vivante. C’est pourquoi il importe de mobiliser l’ensemble des programmes et des politiques publiques.

 

 

Conclusion

 

La disposition introduite dans la Constitution à l’occasion de la réforme constitutionnelle du 21 juillet 2008, au titre de l’article 75‐1, stipule que les langues régionales appartiennent désormais « au patrimoine de la France ».

On est en droit de regretter que cette disposition figure dans le titre XII Des collectivités territoriales, comme si les langues régionales ne concernaient pas la Nation tout entière mais étaient placées, chacune pour ce qui la concerne, sous la protection des collectivités sur le territoire desquelles elles sont pratiquées.

On peut regretter par ailleurs que cette reconnaissance semble se limiter à la dimension patrimoniale des langues régionales, comme s’il ne s’agissait pas d’outils vivants, au service de la création contemporaine.

La démarche introduite à la bibliothèque municipale de Brest montre que la Ville de Brest ne se contente pas de reconnaitre l’intérêt patrimonial de la langue bretonne, mais reconnait son intérêt social, culturel, éducatif.

Face à la disparition progressive des locuteurs naturels, l’enjeu prioritaire est d’inverser cette tendance au travers de trois vecteurs fondamentaux : la transmission, la socialisation et la structuration des politiques publiques.

Enrayer le déclin de langues en danger suppose d’abord que l’on travaille à les rendre visibles et audibles, c’est enclencher une dynamique positive, un « cercle vertueux », tant il est vrai que la pratique d’une langue ne se décrète pas.

 

 

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