Rennes métropole et la réforme de l’intercommunalité : Intervention d’Eliane Leclercq

Publié le par Association des élus progressistes de Bretagne

Monsieur le Président, chers/chères collègues,


Le vœu qui nous est présenté ce soir nous invite à continuer la réflexion sur la réforme de l'intercommunalité et ses conséquences pour Rennes Métropole, dans le cadre du projet de réforme territoriale.


La réforme de l'intercommunalité ne peut pas être dissociée du projet global dans lequel elle s'inscrit. Or, cette réforme territoriale voulue par le Gouvernement organise un véritable recul de notre démocratie territoriale.


- On attendait l’acte III de la décentralisation ; on nous a servi l’acte I de la recentralisation. Avec la suppression de la clause de compétence générale, les territoires et les Régions en particulier risquent de perdre leurs capacités d’action. C’est paradoxal parce que dans le même temps chez nos voisins européens (Espagne, Royaume-Uni, par exemple), l’évolution démocratique donne de plus en plus de moyens aux Régions pour améliorer le quotidien des habitants.


- On attendait que la parité entre enfin dans les habitudes. Au lieu de quoi, avec le mode de scrutin choisi, seulement 20 % des futurs conseillers territoriaux seraient des femmes.


 - On attendait que la diversité politique soit, enfin, mieux représentée dans nos assemblées régionales et départementales… on pourra toujours attendre ! Avec le mode de scrutin des nouveaux conseillers territoriaux, la droite met en place les conditions d’une reconquête des Régions et des Départements. Curieuse conception du jeu démocratique, où l’on change les règles quand on perd des élections !

 

 

Le projet de création des nouvelles Métropoles n’échappe pas à cette série noire d'autant que le projet de loi prévoit que ces Métropoles puissent s'approprier les compétences économiques des Régions et des départements car, je cite : « les compétences économiques sont en effet prioritaires pour la réussite des métropoles françaises dans la compétition urbaine européenne et internationale ».


L'idéologie sous-jacente est claire : celle de la mise en concurrence des territoires, au mépris des équilibres à l'intérieur des régions.
Cette réforme signifie donc la casse du modèle breton d’équilibre territorial. Créer les Métropoles et supprimer les Pays, c’est reproduire à l’échelon régional un déséquilibre entre une ou deux grandes villes, qui concentreraient l’écrasante majorité des ressources et des activités, et les territoires périurbains ou ruraux, réduits aux fonctions de villes-dortoirs ou de lieux de villégiature.


Jusqu’à présent, le maillage du territoire par les villes petites et moyennes, qui fait la particularité de la Bretagne, est encore une réalité - malgré les menaces de fractures territoriales que l’on connaît. Il constitue un des facteurs clés de la qualité de vie en Bretagne.


Mais qu’en sera-t-il demain si nous décidons que Rennes et Nantes doivent acquérir toujours plus de compétences ? Nous ne savons pas, a priori, dans quel sens les vases communiqueront. L'aire métropolitaine va-t-elle "irriguer le territoire", ou bien va-t-elle capter le dynamisme breton au détriment de la Bretagne occidentale ou rurale ?


L'expérience nous a plutôt habitués à ce que les ressources bretonnes soient aspirées hors de nos territoires, lorsqu'il n'existe pas de perspective d'activité locale. L'exode des jeunes diplômés bretons est un phénomène tristement connu.


Nous qui définissons Rennes comme "capitale de la Bretagne", nous avons donc la responsabilité de penser aux conséquences de nos stratégies d’affirmation métropolitaine. Comment voit-on la métropolisation rennaise depuis le Centre-Bretagne, comment la voit-on depuis Redon ou Fougères ? Et à quoi nous servirait-il d’être la capitale d’une Bretagne fragilisée et déséquilibrée ?


Le dynamisme de Rennes est en partie dû à la centralisation sur son territoire des emplois administratifs et à la présence de l'université. Elle a donc un devoir de solidarité vis-à-vis du reste de la Bretagne. Son développement ne doit pas se faire au détriment des autres équilibres territoriaux de la Région et des autres solidarités qui fonctionnent autour de Rennes Metropole.



Le vœu de ce soir insiste sur la nécessité de placer l'avenir de notre agglomération sous le signe de la coopération et de la solidarité. C'est tout à son honneur, et vous l'aurez compris c'est ce que souhaite l'AEPB.


Nous voulons que chacun puisse vivre dans son bassin de vie, sans avoir à subir des déplacements toujours plus coûteux pour aller travailler ou accéder aux services publics. Il s’agit bien, comme nous le disons depuis longtemps, de « vivre, travailler et décider au pays ». Ce slogan est totalement en phase avec les préoccupations de notre société, consciente de l’urgence sociale et écologique de la relocalisation des activités.


Accepter la création des métropoles c’est se soumettre à un modèle de société inégalitaire, où l’aménagement des territoires renforce les discriminations liées au niveau de revenus. C'est bien la qualité de vie au quotidien qui est menacée. Ce qu'il faut c'est réduire la mobilité subie des habitants, c'est rapprocher le travail du lieu de résidence, c'est choisir la coopération plutôt que la compétition. Parce que etre attractif et rayonner sans être une mégalopole c'est possible, pour cela il faut avoir une réelle originalité à faire valoir : L’exemple de Fribourg nous l’a assez prouvé. Et pour cela il faut renforcer la dynamique régionale et aménager les territoires à l'échelle de la Région.


L'AEPB est favorable à un équilibre des territoires à l'échelle de la Bretagne et pense réellement qu'à trop renforcer l'un des territoires, fût-il celui de Rennes Metropole, par rapport aux autres, on risque de créer de nouveaux déséquilibres. C'est pourquoi je ne voterai pas ce voeu.

Je vous remercie.

Publié dans Divers

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