« Tchimbé ! »

Publié le par Association des élus progressistes de Bretagne

La Guadeloupe puis la Martinique, la Guyane, bientôt la Réunion, sans compter la Polynésie qui voit l'indépendantiste Oscar Temaru reprendre le pouvoir !


Décidemment l'Empire, ou plutôt ce qu'il en reste, a du mal avec ses derniers confettis, pour reprendre le titre d'un ouvrage de Jean-Claude Guillebaud, paru en 1976, qui revenait sur la situation de ce que l'on appelait les DOM-TOM. *


Une « situation coloniale » jugeait le journaliste qui travaillait alors au « Monde ». Trente ans plus tard, malgré les millions et les millions de subventions, les changements de statuts, la situation a-t-elle véritablement évolué ?

Sans doute que non. Il s'agit toujours d'un problème colonial non ou mal réglé !


Car au-delà des (justes) revendications salariales et matérielles destinées à lutter contre la vie chère (bien plus chère qu'en métropole c'est dire !), il reste la revendication identitaire bien illustrée par ce slogan en langue créole repris par le peuple guadeloupéen : « La Gwadloup sé tan nou, la Gwadloup sé pa ta yo. Yo péké fé sa yo vlé an péyi an nou. » (« La Guadeloupe nous appartient, elle ne leur appartient pas : ils ne feront pas ce qu'ils veulent dans notre pays. »)


Comment mieux dire, la situation sociale mais aussi coloniale de « nos départements d'outremer » !

L'adversaire désigné dans les revendications populaires à Pointe à Pitre et à Fort de France, c'est bien sûr l'état colonial métropolitain, mais aussi le béké, le blanc ancien propriétaire d'esclaves et aujourd'hui principal propriétaire foncier des « iles à sucre » comme on disait jadis !


Disons-le carrément : la France n'a pas totalement réglé son problème colonial aux Antilles, le problème de l'esclavage et de ses conséquences au-delà des siècles. Chacun peut s'en rendre compte en se rendant aux Antilles, ressentir cette sourde douleur qui peut, aux yeux de certains, passer pour du communautarisme ( !), voire du racisme à rebours, mais qui n'est que la juste revendication du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes comme on disait il n'y a pas si longtemps !


Il fut un temps où cette revendication, plus que l'indépendance il s'agissait d'une autonomie populaire et démocratique (Convention du Morne Rouge en 1971), était portée par de larges secteurs de la gauche des DOM, les différents partis communistes de la Réunion, de Guadeloupe, de Martinique et le PPM, le Parti Progressiste Martiniquais d'Aimé Césaire.


Mais, à partir de 1981, avec l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir, les quelques mesures sociales en matière de chômage, plus tard le RMI ou les allocations (les Antillais à l'humour bien acéré parlent « d'argent braguette » !), les mini-mesures culturelles en faveur, notamment, du créole enfin autorisé dans l'enseignement, ont atténué cette revendication en passe pourtant d'être majoritaire ! Le ralliement de certains au PS, dont le moins que l'on puisse dire c'est qu'il n'était pas favorable à la moindre autonomie, la quasi disparition ensuite des PC aux Antilles, l'affadissement du PPM, tout cela a contribué à évacuer tout mouvement revendicatif identitaire qui s'est toutefois maintenu dans la sphère syndicale, surtout en Guadeloupe avec l'UGTG, l'Union Générale des Travailleurs Guadeloupéens, actuellement à la pointe du combat au sein du collectif Lyonnaj kont pwofitasyon, le LKP, ou alors dans la rhétorique comme le pratique Alfred Marie-Jeanne, un ancien du PPM, leader actuel du MIM, le Mouvement Indépendantiste Martiniquais, député, président du Conseil Régional de la Martinique, mais qui, un peu comme Témaru à Tahiti, n'ose aller trop en avant en la matière !


Il est vrai que l'état français, venant en cela au secours des békés, a arrosé les iles de subventions et favorisé l'émigration antillaise et réunionnaise en métropole, éliminant une bonne partie des capacités productives des DOM (la production de la banane, par exemple, devient presque marginale) et développant une mentalité d'assistanat, terriblement destructrice sur le plan de la fierté identitaire. Ce qui explique la rudesse de certains rapports entre « domiens » et « métropolitains » (les « zoreilles » comme on dit en créole), poids de l'histoire et de l'inconséquence de la politique jacobine qui, là aussi, se montre incapable de penser, et de proposer, un avenir aux peuples antillais, guyanais et réunionnais, pour ne pas parler des Polynésiens et des Néo-calédoniens. A Paris, on attend que la situation soit à l'incendie pour faire semblant de jouer aux pompiers. Avec des méthodes surannées, en gros un peu de fric, mais pas trop, alors que la question n'est pas que salariale mais bel et bien identitaire et nationale !


Quand la France se montrera-t-elle capable d'imaginer des futurs communs entre les peuples dont elle a la responsabilité historique en termes d'autonomie, de fédéralisme, voire d'indépendance et d'état associé.


En métropole comme dans ces derniers confettis de l'Empire qui ne sont pas que des plages à cocotiers pour bronzette mais aussi des endroits de notre planète où nos frères et nos sœurs luttent pour un monde meilleur !


Comme on dit en créole guadeloupéen : « Tchimbé ! » qui se prononce « kimbé » et qui veut dire : « Tenez bon ! »

 


Georges Cadiou

Président de l'AEPB

Adjoint au maire UDB de Quimper





*Les confettis de l'Empire, Jean-Claude Guillebaud, Le Seuil, 1976.

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